En exclusivité, un extrait du 2ème chapitre de "Adam"
Chers Abonnés,
C’EST UNE EXCLUSIVITÉ TOTALE ! J’ai envie de vous partager un extrait de mon nouveau roman, Adam, dont la campagne Ulule a commencé (tu peux la trouver ICI).
Il s’agit du début du second chapitre, un moment sensible. Vous allez découvrir Adèle, ses mots, son incroyable force et sa détermination. Ceux et celles qui ont lu Jusque dans une autre vie pourront se rendre compte de la très grande différence avec le personnage de Mélanie ; ces 2 femmes ne vivent vraiment pas leur deuil de la même manière !
Petite précision : il est question de deuil périnatal, autorisez-vous à ressentir si c’est ok ou pas pour vous de le lire, et à vous préserver si besoin.
Plus tard au cours de la campagne, je vous partagerai un passage plus doux, promis ! ;-)
N’hésitez pas à me partager vos ressentis et à me faire un retour, je suis toujours ravie d’échanger avec vous.
Belle lecture !
Adèle avait encore du mal à intégrer la réalité des ces derniers jours. Ce devait être un rêve. Non, un cauchemar. Un cauchemar où elle aurait plongé sans même s’en rendre compte. Depuis, elle en serait restée prisonnière. C’était une hypothèse aussi valide qu’impossible, car trop de choses semblaient bel et bien vraies. Son corps encore douloureux. Son ventre relâché. Ses seins tendus. Elle ne pouvait pas être en train de l’inventer. Il devait y avoir une part de vérité dans ce film dont elle était devenue spectatrice. Malgré ces observations, elle tâchait de se convaincre de l’illusion : elle allait s’éveiller et se rendre compte que rien de tout cela n’avait existé.
Les émotions cherchaient à faire route jusqu’à ses paupières. Elles pouvaient toujours bien essayer : Adèle avait déjà retrouvé ses armes de guerrière. Retranchée dans une forteresse qu’elle avait autrefois si bien connue, sa stratégie était toute trouvée : oublier. Tout oublier.
Oublier tout ce qui était en train d’éclore. En elle, au creux même de son utérus. Ainsi qu’en son cœur et au sein de leur famille.
Ses yeux fixèrent le tout petit cercueil. Sa taille lui parut démesurément minuscule au milieu de l’église. À moins que ce ne soit l’église qui semblait à présent immense face à… cette chose. Une boîte, ce n’était qu’une boîte.
Contrairement à Clément, elle n’avait pas vu le bébé. Elle aurait été incapable d’effacer de sa mémoire les traits de son visage, l’odeur de sa peau ou encore la finesse de ses membres. Son pauvre mari, lui, devrait apprendre à vivre avec. Il n’avait craqué que sous la pression de l’équipe.
— C’est un très beau petit garçon ! s’était exclamée une sage-femme, au visage rond empreint d’empathie derrière une paire de lunettes rouge.
Un détail idiot qui avait retenu son attention face à cette déclaration qui les avaient figés, alors qu’ils avaient expressément demandé à ne pas connaître le sexe de l’enfant. Pour mettre le moins de lumière et de souvenirs possibles sur ce drame. Moins ils auraient à oublier, mieux ils avanceraient. C’était clair pour Adèle. Peut-être moins évident pour son mari, ce jeune papa aux tripes viscéralement déjà attachées à cet enfant.
La sage-femme avait fait basculer leurs convictions. Un garçon. Il aurait dû être un garçon. Comment se retenir de lancer la machine à façonner un avenir qui n’adviendrait pas ? Des images hors de son contrôle avaient envahi le cerveau d’Adèle. Un petit garçon à tenir dans ses bras. À présenter à Abby. Des joues roses, une chevelure vénitienne comme celle de sa sœur. Leurs deux enfants ensemble. Dormant ensemble. Courant ensemble. Jouant ensemble. Dans leur maison. Dans leur jardin. Sur leur voilier.
Cette vision avait allumé un brasier de visions toutes plus douloureuses les unes que les autres et difficile à éteindre. Adèle avait dû redoubler de contorsions mentales pour freiner cet incendie.
Clément, lui, avait craqué. Les yeux remplis de larmes, il s’était excusé en silence auprès d’elle, avant de suivre la dame en tenue bleue, visiblement satisfaite de son œuvre.
Point positif : l’absence de son mari avait facilité sa concentration. Elle aurait pu succomber face à ses émotions.
— Vous êtes sûre, madame ? Vous ne ferez pas votre deuil si vous ne rencontrez pas votre fils…
Une autre professionnelle était restée dans la salle, affairée à quelque rangement. Du moins était-ce ce qu’en avait déduit Adèle, car son regard n’avait pas quitté le faux-plafond blanc. Son attention s’arrêtait sur chaque ligne, chaque angle. Elle avait retenu la première réponse venue à son esprit ; respirer, faire taire un élan qui n’avait plus lieu d’être. Se concentrer suffisamment pour ne laisser se fissurer aucune des murailles dans sa poitrine.
— Non, était-elle parvenue à prononcer, non sans difficultés, la voix vide, lointaine.
Elle n’avait même pas voulu cette cérémonie. Cette fois, c’était l’œuvre de ses beaux-parents. Ils avaient insisté pour ne pas confier le corps à l’hôpital, pour l’enterrer selon la tradition familiale. Encore une fois, elle avait été dépossédée de sa détermination, ferme, à boucler à double tours et au plus vite cet épisode de sa vie. Sa belle-mère, Faustine, avait tant insisté. Quel droit avait-elle de les priver, elle et son beau-père, d’un rituel qui leur serait bénéfique, à eux, les grands-parents éplorés qu’ils étaient devenus ? Finalement, cela lui était égal. Du moins se l’imposait-elle.
C’était Faustine qui s’était la plus investie. Elle avait tout choisi : les textes, les musiques, le cercueil, la tenue du petit, les objets avec lesquels il reposerait dedans. Elle lui avait demandé son avis à chaque étape. Autant de coups de poignard à esquiver. Adèle avait botté en touche.
— Fais comme tu veux, vraiment.
— C’est ton fils, ma puce. Je veux que ce dernier hommage soit comme tu l’imagines. Je ne veux pas choisir à ta place.
— Au contraire, c’est exactement ce que j’attends de toi, avait-elle fini par avouer.
Alors sa belle-mère l’avait un peu moins sollicitée. Juste un peu moins. Quelques SMS laconiques, emprunts d’un respect sans faille. Adèle aurait voulu la détester d’être si gentille et douce envers elle.
Tu veux voir sa tenue ? Je ne te la montrerais pas si tu n’es pas d’accord.
Trop tard. Son cerveau dessinait déjà un poupon portant cet adorable pyjama vert couvert d’étoiles blanches qu’elle avait choisi pour la naissance.
Non merci Faustine. C’est gentil de demander.
Oui, tout cela, elle allait l’oublier.
Toute son attention se centra sur le rectangle en bois, impersonnel et froid. Plus froid que ce cimetière et le vent soufflant contre son corps, que le soleil de mars ne parvenait à réchauffer.
Deux hommes glissèrent la petite boîte dans le trou. Elle imagina qu’il contenait non plus un corps, mais tout ce qu’elle avait à y laisser.
À oublier.
Son seul et unique objectif désormais.
Oublier tout.
Depuis ce jour où le désir d’un nouvel enfant avait émergé. Cette nuit d’été qui avait surpris l’étreinte du couple sur leur voilier, à la lumière des étoiles et de la Lune. Leur insouciance à vouloir un bébé, un frère ou une sœur pour Abby, sans jamais penser à un éventuel problème.
Comme ils avaient été naïfs ! Adèle s’en voulait tant… Elle aurait voulu s’arracher les cheveux si cela avait pu ôter en même temps les regrets qui grignotaient tout l’espace de sa boîte crânienne. Depuis, elle réprimait une obsédante pensée : elle s’imaginait retrouver ce couple d’amoureux qu’ils avaient été, enlacés sur le pont, prêts à faire l’amour, pour les frapper de toute sa colère, leur dire de ne pas croire à ses contes-là. De ne pas faire d’autre enfant, de rester ainsi, dans leur bulle d’innocence.
Votre bébé va mourir ! voulait-elle leur hurler. Ne faites pas cette erreur !
Voilà, j’espère que cette lecture vous a donné envie d’en lire davantage !
“Adam” est disponible en précommande sur Ulule
avec pleins de jolies contreparties !
Affectueusement,
Aurélie